La victime d'un cancer dû à l'amiante qui a travaillé dans plusieurs entreprises

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Une avancée décisive pour les victimes d'un cancer dû à l'amiante inhalé sur leur lieu de travail.
Pour ceux qui ont eu successivement plusieurs employeurs et ont été exposés à l'amiante, il est quasiment impossible de prouver à quel moment et au sein de quelle entreprise a eu lieu l'inhalation "fatale" de poussières d'amiante. Le cancer peut se déclarer en effet jusqu'à 40 ans après.
Contre qui alors invoquer la faute inexcusable ?
Selon la solution que nous commentons, même si le lien de causalité entre l'inhalation et le cancer n'est pas établi, car impossible à déterminer exactement, la victime peut tout-à-fait invoquer la faute inexcusable contre l'employeur à la date de la 1ère constatation du cancer dû à l'amiante.
Cette entreprise (souvent la dernière, malheureusement), si elle a commis des imprudences, ne pourra pas se protéger en arguant que rien ne prouve que le cancer ait été provoqué chez elle, et qu'il est peut-être dû à des emplois antérieurs.
Solution de bon sens, car remonter le temps et reconstituer la carrière d'un défunt pour spéculer sur l'instant où s'est produite la respiration qui l'a condamné, est absolument incohérent.

Attendu / Considérant de principe:

« Qu'en statuant ainsi par des motifs inopérants, après avoir relevé qu'à la date de la première constatation de la maladie, M. X... était salarié de la société SIREN et alors que le fait que la maladie professionnelle soit imputée à divers employeurs chez lesquels le salarié a été exposé au risque n'interdit pas à celui-ci, pour demander une indemnisation complémentaire, de démontrer que l'un d'en eux a commis une faute inexcusable, la cour d'appel a violé les textes susvisés ; »

Cour de Cassation, Chambre civile 2, 23 novembre 2006, n°05-13348.
Ci-dessous, l'intégralité du texte commenté.
Cour de Cassation, Chambre civile 2, 23 novembre 2006, n°05-13348
Juridiction Cour de Cassation
Formation Chambre civile 2
Date 23 novembre 2006
Numéro 05-13348
Décision Cassation
Président Mme FAVRE
Décision attaquée cour d'appel de Rouen (chambre des appels prioriatire, section sécurité sociale) 2005-02-08
Sur le moyen unique du pourvoi principal et sur le moyen unique du pourvoi provoqué, réunis :
Vu les articles L. 452-1 et L. 461-1 du code de la sécurité sociale ;
Attendu, selon l'arrêt attaqué, que M. X... a été employé en qualité de tuyauteur du 14 octobre 1968 au 31 août 1987 par la société Coger, puis du 1er septembre 1987 au 15 novembre 1997 par la société SIREN ; qu'il a été reconnu atteint d'une maladie inscrite au tableau n° 30 constatée par un certificat médical du 19 mai 1989 avec un taux d'incapacité permanente partielle fixé à 5 % ; qu'un taux d'incapacité de 90 %, porté par la suite à 100 %, lui a été reconnu à compter du 19 septembre 1996 en raison de la survenance d'un cancer bronchique primitif ; qu'il a saisi le 17 juillet 2000 la juridiction de sécurité sociale d'une demande en reconnaissance de la faute inexcusable de son dernier employeur, la société SIREN ; que le Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante est intervenu à l'instance ;
Attendu que pour débouter M. X... et le FIVA de leurs demandes, l'arrêt se borne à énoncer que s'il y a lieu de considérer que M. X... a continué à être exposé à l'inhalation de poussières d'amiante au sein de la société SIREN, le rapport d'expertise est insuffisant pour démontrer un lien de causalité entre l'origine de la maladie dont a été atteint en 1989 M. X... et son évolution et la poursuite de l'exposition après le 1er septembre 1987, date de son entrée au service de cette dernière société ;
Qu'en statuant ainsi par des motifs inopérants, après avoir relevé qu'à la date de la première constatation de la maladie, M. X... était salarié de la société SIREN et alors que le fait que la maladie professionnelle soit imputée à divers employeurs chez lesquels le salarié a été exposé au risque n'interdit pas à celui-ci, pour demander une indemnisation complémentaire, de démontrer que l'un d'en eux a commis une faute inexcusable, la cour d'appel a violé les textes susvisés ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 8 février 2005, entre les parties, par la cour d'appel de Rouen ;
remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Caen ;
Condamne la société SIREN aux dépens ;
Vu l'article 700 du nouveau code de procédure civile, rejette la demande de la société SIREN et du FIVA ; condamne la société SIREN à payer à M. X... la somme de 2 000 euros ;
Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt cassé ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, deuxième chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-trois novembre deux mille six.

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Lorsque l'employeur connaissait les risques liés à l'amiante ou aurait dû les connaître, mais n'a pas procédé de telle sorte que ses employés en fussent correctement protégés, il a commis une faute inexcusable qui ouvre droit, pour les victimes qui ont démontré que "l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié, et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver", à une entière réparation du préjudice qu'elles ont subi.