La preuve de la faute inexcusable qui ouvre droit à réparation intégrale doit être établie par l'employé qui a développé un cancer dû à l'amiante

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La reconnaissance de la faute inexcusable commise par l'employeur de la victime est un préalable à une indemnisation intégrale du préjudice subi par la victime de l'amiante ou ses ayants-droit.

Il est déjà si malaisé de faire reconnaître le caractère professionnel de la maladie (le cancer) causée par l'amiante, que la victime n'y parvient quelquefois, c'est le cas ici, qu'après son décès.

Ce sont alors ses ayants-droit qui s'évertuent alors à convaincre les juridictions que l'employeur, en bon professionnel, connaissait les risques liés à l'amiante, ou aurait dû les connaître, et n'a pas pris les mesures de protection nécessaires à la santé de ses salariés.

La charge de la preuve incombe donc à la victime qui, parfois plusieurs décennies plus tard, se retrouve à devoir reconstituer et démontrer l'indémontrable : le surplus de risque lié à son environnement professionnel particulier et passé.

Une bien curieuse situation lorsque l'on sait combien nombreuses sont les victimes qui ont eu plusieurs employeurs différents (quand situer l'inhalation "fatale" ?) ; d'autant que les employeurs disposent de plusieurs angles de défense (parmi lesquels le fait de n'avoir été qu'une entreprise "usagère" de l'amiante, et donc ignorante de ses défauts intrinsèques).

Attendu / Considérant de principe:

« Mais attendu que la cour d'appel, qui a relevé que les pièces versées aux débats n'apportaient pas d'indications précises sur la consistance des travaux d'entretien ou de maintenance que le salarié effectuait, hors de l'entreprise, sur des équipements contenant des matériaux à base d'amiante et sur les conditions matérielles dans lesquelles il exécutait les tâches qui lui étaient confiées, a pu en déduire que les ayants droit de Lionel X... n'établissaient pas que son employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel il avait été exposé, ce dont il résultait que la société n'avait pas commis de faute inexcusable ; »

Cour de Cassation, Chambre civile 2, 3 mai 2006, n°05-16784.
Ci-dessous, l'intégralité du texte commenté.
Cour de Cassation, Chambre civile 2, 3 mai 2006, n°05-16784
Juridiction Cour de Cassation
Formation Chambre civile 2
Date 3 mai 2006
Numéro 05-16784
Décision Rejet
Président M. OLLIER conseiller
Décision attaquée cour d'appel de Rouen (chambre des appels prioritaires, section sécurité sociale) 2005-05-04
Sur le moyen unique :
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Rouen, 4 mai 2005), que Lionel X..., salarié de la société SPIE Trindel, aux droits de laquelle se trouve la société AMEC SPIE Ile-de-France Nord-Ouest, de 1963 à 1997, a effectué le 4 juillet 2000 une déclaration de maladie professionnelle en produisant un certificat médical faisant état "d'un cancer bronchique découvert en 1997 chez un patient ayant des antécédents d'exposition professionnelle à l'amiante dans le cadre de son activité d'électricien" ; que le caractère professionnel de cette maladie ayant été reconnu après son décès, survenu le 1er décembre 2000, les consorts X... ont saisi la juridiction de sécurité sociale d'une demande de reconnaissance de la faute inexcusable de l'employeur ;
Attendu que les consorts X... font grief à l'arrêt attaqué d'avoir rejeté leur recours alors, selon le moyen, que la partie qui, sans énoncer de nouveaux moyens, demande la confirmation du jugement est réputée s'en approprier les motifs ; que tel était le cas en l'espèce ; qu'à l'appui de leur décision les premiers juges avaient relevé que l'employeur ne pouvait ignorer la présence d'amiante dans les équipements sur lesquels intervenait Lionel X..., l'amiante étant utilisée comme isolant et comme produit de calorifugeage ainsi que cela résultait de l'attestation de la société SPIE Trindel du 20 septembre 2000 et de la décision du comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles ; que par ailleurs l'employeur ne pouvait à partir de 1970 ignorer les risques liés à l'inhalation des poussières d'amiante et qu'en tous cas les bronchites répétées qui affectaient Lionel X... étaient pour lui un signal suffisant pour qu'il prenne conscience de la nécessité d'envisager des mesures de précaution ; qu'en estimant qu'il n'était pas possible de déterminer si l'employeur de Lionel X... avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié sans réfuter les motifs du jugement établissant clairement cette conscience du danger, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décisio n au regard de l'article L.452-1 du Code de la sécurité sociale ;
Mais attendu que la cour d'appel, qui a relevé que les pièces versées aux débats n'apportaient pas d'indications précises sur la consistance des travaux d'entretien ou de maintenance que le salarié effectuait, hors de l'entreprise, sur des équipements contenant des matériaux à base d'amiante et sur les conditions matérielles dans lesquelles il exécutait les tâches qui lui étaient confiées, a pu en déduire que les ayants droit de Lionel X... n'établissaient pas que son employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel il avait été exposé, ce dont il résultait que la société n'avait pas commis de faute inexcusable ;
D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi ;
Condamne les consorts X... aux dépens ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Deuxième chambre civile, signé et prononcé par M. Y..., conseiller le plus ancien, conformément aux dispositions des articles 452 et 456 du nouveau Code de procédure civile, en l'audience publique du trois mai deux mille six.

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Lorsque l'employeur connaissait les risques liés à l'amiante ou aurait dû les connaître, mais n'a pas procédé de telle sorte que ses employés en fussent correctement protégés, il a commis une faute inexcusable qui ouvre droit, pour les victimes qui ont démontré que "l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié, et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver", à une entière réparation du préjudice qu'elles ont subi.