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CAA Paris 11.05.1993 n°92PA00871 (Jurisprudence JL n°J171685)

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Cour administrative d'appel de Paris 1ère chambre 11 mai 1993 n°92PA00871, Jus Luminum n°J171685

Niveau de juridiction National, Intermédiaire
Juridiction Cour administrative d'appel de Paris
Formation 1ère chambre
Date 11 mai 1993
Numéro 92PA00871
Numéro Jus Luminum J171685
Président
Zone géographique fr
Langue fr
Dernière mise à jour 04.12.2007

Lecture du 11 mai 1993

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

VU la requête, enregistrée au greffe de la cour le 22 juillet 1992, présentée par le MINISTRE DE LA DEFENSE ;

le ministre demande à la cour : 1°) d'annuler le jugement n° 883521 en date du 7 avril 1992 par lequel le tribunal administratif de Versailles a condamné l'Etat à verser à M. Verdon une indemnité différentielle au titre de la période du 1er septembre 1971 au 30 juin 1982 liquidée sur la base du salaire ouvrier de chef d'équipe groupe 8, 8ème échelon, avec intérêts ;

2°) de rejeter la demande de M. Verdon ;

VU les autres pièces du dossier ;

VU la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

VU le décret n° 62-1389 du 23 novembre 1962 ;

VU le code des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel ;

VU la loi n° 87-1127 du 31 décembre 1987 ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 27 avril 1993 : - le rapport de Mme LACKMANN, conseiller, - les observations de Mme LEBRAULT, pour le MINISTRE D'ETAT, MINISTRE DE LA DEFENSE et celles de la SCP PIWNICA, MOLINIE, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, pour M. Verdon, - et les conclusions de Mme MESNARD, commissaire du Gouvernement ;

Considérant que M. Verdon, technicien d'études et de fabrication au ministère de la défense, a demandé le 1er février 1988 au MINISTRE DE LA DEFENSE la révision du mode de calcul de l'indemnité différentielle qui lui a été versée en application des dispositions du décret du 23 novembre 1962, au titre des services qu'il a effectués entre le 1er septembre 1971, date de sa nomination comme fonctionnaire, et le 30 juin 1982 ;

que le ministre, après avoir rejeté implicitement la demande, a opposé la prescription quadriennale auxdites créances ;

que saisi par M. Verdon d'une demande tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser un complément d'indemnité différentielle, le tribunal administratif de Versailles a, après avoir écarté l'exception de prescription quadriennale, fait droit à sa demande ;

Considérant que le fait générateur des créances de M. Verdon est constitué par le service fait dans son administration YZZ. t la période susvisée ;

qu'ainsi, et à condition que les délais de prescription n'aient pas été interrompus ou suspendus, les créances nées YZZ. t les années 1971 à 1982 ont été prescrites année par année entre le 1er janvier 1976 et le 1er janvier 1987, par application des articles 1 et 9 de la loi du 31 décembre 1968 ;

Considérant qu'aux termes de l'article 2 troisième alinéa de la loi du 31 décembre 1968 : "la prescription est interrompue partoute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance" ;

Considérant que l'édiction par l'administration de circulaires relatives à l'indemnité différentielle litigieuse de 1971 à 1983 ainsi que des circulaires édictées antérieurement au fait générateur de la première créance détenue par M. Verdon, n'ont pu, en tout état de cause, prolonger le délai de la prescription que jusqu'au 31 décembre 1987 ;

que l'ensemble des circulaires postérieures au 1er janvier 1984 ont exclusivement trait à la révision de l'indemnité différentielle en raison de l'augmentation constatée du salaire ouvrier de référence et ne concernaient ni le fait générateur, ni l'existence, ni le montant ou le paiement de la créance invoquée à l'encontre de l'Etat par M. Verdon ;

Considérant qu'il résulte de ce qui précède que c'est à tort que le tribunal administratif s'est fondé sur l'interruption de la prescription quadriennale par ces documents pour écarter l'exception de prescription soulevée par le ministre et condamner l'Etat à verser à M. Verdon le complément d'indemnité qu'il sollicitait ;

Considérant qu'il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. Verdon devant la cour et le tribunal administratif ;

Sur la régularité de la décision opposant la prescription :

Considérant qu'aux termes du 2ème alinéa de l'article 7 de la loi du 31 décembre 1968 : "En aucun cas, la prescription ne peut être invoquée par l'administration pour s'opposer à l'exécution d'une décision passée en force jugée" ;

Considérant que l'autorité de chose jugée qui s'attache à la décision du Conseil d'Etat en date du 27 juin 1987 relative à la situation d'un autre technicien d'études et de fabrication ne concerne pas les créances invoquées par M. Verdon ;

qu'ainsi ce dernier n'est pas fondé à se prévaloir de ces dispositions ;

Sur l'interruption des délais de prescription :

Considérant que selon les deuxième et quatrième alinéas de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968 : "la prescription est interrompue par : - tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance; - toute émission de moyen de règlement, même si ce règlement ne couvre qu'une partie de la créance" ;

Considérant, d'une part, que le recours formé en 1981 par un fonctionnaire appartenant également à un corps technique, se trouvant dans une situation comparable à M. Verdon, n'a pu avoir d'effet interruptif sur les créances de ce dernier, lesquelles ont pour origine un service fait distinct de celui accompli par cet autre fonctionnaire ;

Considérant, d'autre part, que les versements mensuels dont a bénéficié M. Verdon du 30 septembre 1971 au 30 juin 1982, qui ne portaient pas sur la partie de l'indemnité différentielle faisant l'objet du litige, n'ont pu constituer des acomptes susceptibles d'interrompre le délai de la prescription au sens des dispositions précitées ;

Sur la suspension des délais de prescription :

Considérant que si selon l'article 3 de la loi du 31 décembre 1968, la prescription ne court pas "contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance", la circonstance que l'administration interprétait à l'époque restrictivement les dispositions du décret précité du 23 novembre 1962 et qu'elle a modifié à compter du 1er juillet 1982 son interprétation des textes réglementaires n'est pas de nature à faire légitimement regarder M. Verdon comme ayant ignoré l'existence de sa créance, alors qu'il lui était loisible de demander une révision du mode de calcul de l'indemnité différentielle qui lui était due et, sur le refus de l'administration, de former un recours contentieux pour faire valoir ses droits devant le juge administratif ;

Sur les conséquences de la faute imputée à l'administration :

Considérant que ni les positions prises par le MINISTRE DE LA DEFENSE dans ses circulaires édictées avant 1981, ni l'adoption jusqu'à juillet 1982 de modalités de calcul entraînant des versements mensuels inférieurs à ceux auxquels le requérant pouvait prétendre, ne peuvent être regardés, dans les circonstances de l'espèce, comme ayant eu pour objet ou effet de détourner M. Verdon de l'exercice de ses droits et faire obstacle à ce qu'il réclame, en temps utile, le règlement de sa créance ;

qu'ainsi M. Verdon ne peut imputer à l'autorité administrative une faute qui serait de nature à modifier le cours des délais de déchéance et de prescription ;

Sur la méconnaissance du principe d'égalité :

Considérant qu'aux termes de l'article 6 de la loi du 31 décembre 1968 : "les autorités administratives ne peuvent renoncer à opposer la prescription qui découle de la présente loi" ;

qu'ainsi le moyen tiré par M. Verdon de la violation du principe d'égalité au motif que le MINISTRE DE LA DEFENSE aurait omis d'opposer cette prescription à un agent placé dans la même situation que lui est inopérant ;

Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que le MINISTRE DE LA DEFENSE est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles, a condamné l'Etat à verser à M. Verdon un complément d'indemnité différentielle au titre des services qu'il a effectués du 1er septembre 1971 au 30 juin 1982 ;

Sur l'application des dispositions de l'article L.8-1 du code des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel :

Considérant que l'article L.8-1 précité dispose : "Dans toutes les instances devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens" ;

que ces dispositions font obstacle à ce que l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, soit condamné à payer à M. Verdon la somme qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens ;

DECIDE :

Article 1er : Le jugement n° 883521 du 7 avril 1992 du tribunal administratif de Versailles est annulé.

Article 2 : La demande présentée devant le tribunal administratif de Versailles par M. Verdon est rejetée.

Article 3 : Les conclusions de M. Verdon tendant à l'application des dispositions de l'article L.8-1 du code des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel sont rejetées.

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