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CAA Nantes 17.05.2006 n°04NT01518 (Jurisprudence JL n°J182331)

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  • L'essentiel de la note de synthèse

Cour administrative d'appel de Nantes 1ère chambre 17 mai 2006 n°04NT01518, Jus Luminum n°J182331

Niveau de juridiction National, Intermédiaire
Juridiction Cour administrative d'appel de Nantes
Formation 1ère chambre
Date
Numéro 04NT01518
Numéro Jus Luminum J182331
Président M. LEMAI
Zone géographique fr
Langue fr
Dernière mise à jour 01.01.2008

Lecture du 17 mai 2006

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Vu le recours, enregistré au greffe de la Cour le 31 décembre 2004, présenté par le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie ;

Le ministre demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 00-2428 du 13 juillet 2004 par lequel le Tribunal administratif de Nantes a accordé au Crédit industriel de l'Ouest la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles il a été assujetti au titre des exercices clos en 1992, 1993 et 1994 ;

2°) de remettre à la charge du Crédit industriel de l'Ouest les impositions susmentionnées ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

Vu le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 19 avril 2006 :

- le rapport de M. Luc Martin, rapporteur ;

- les conclusions de M. Lalauze, commissaire du gouvernement ;

Considérant qu'il résulte de l'instruction que les groupements d'intérêts économiques (GIE) Citi TGV Bail I et Citi TGV Bail II ont, par voie de crédit-bail d'une durée de quinze ans, mis des rames de TGV Atlantique à la disposition de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) contre paiement par celle-ci d'un loyer annuel ;

que l'administration a procédé à la vérification de comptabilité de ces GIE et remis en cause, d'une part, l'amortissement sur quinze ans des rames de TGV et, d'autre part, le choix des GIE de rattacher les loyers aux différents exercices selon un mode progressif ;

qu'à raison de sa participation dans les GIE susmentionnés, le Crédit industriel de l'Ouest a été assujetti de ce double chef à des suppléments d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 1992, 1993 et 1994 ;

que le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie forme recours contre le jugement par lequel le Tribunal administratif de Nantes a accordé au Crédit industriel de l'Ouest la décharge de la totalité desdits suppléments d'impôt sur les sociétés ;

Sur le désistement partiel du ministre :

Considérant que dans un mémoire enregistré le 29 septembre 2005, le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie déclare se désister des conclusions de son recours relatives au mode de rattachement des loyers ;

que rien ne s'oppose à ce qu'il soit donné acte de ce désistement partiel ;

Sur le surplus des conclusions du recours :

Considérant qu'aux termes de l'article 39 du code général des impôts : 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant

otamment : 2°

les amortissements réellement effectués par l'entreprise, dans la limite de ceux qui sont généralement admis d'après les usages de chaque nature d'industrie, de commerce ou d'exploitation

qu'aux termes de l'article 39 C du même code : L'amortissement des biens donnés en location est réparti sur la durée normale d'utilisation suivant des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat ;

qu'aux termes de l'article 30 de l'annexe II audit code, pris pour l'application des dispositions précitées : Les biens donnés en location sont amortis sur leur durée normale d'utilisation, quelle que soit la durée de la location ;

Considérant qu'il résulte de l'instruction que, d'une part, depuis l'origine, les rames de TGV Atlantique ont été amorties sur vingt ans, durée d'ailleurs proche de celle retenue pour l'amortissement de la plupart des rames utilisées par la SNCF ;

que cette pratique doit être regardée comme un usage au sens des dispositions précitées du 2° du 1 de l'article 39 du code général des impôts, auquel il convient de se référer, malgré les innovations techniques que comportent les rames de TGV Atlantique et qui ne suffisent pas à en faire des biens d'une nature différente des rames des précédents TGV ;

que, d'autre part, ni les conditions d'exploitation des rames de TGV Atlantique, ni les innovations techniques mentionnées ci-dessus ne constituent des circonstances particulières qui justifieraient de déWUQ. à la durée d'amortissement de vingt ans correspondant à l'usage susmentionné ;

que c'est par suite à tort que le Tribunal administratif de Nantes a déchargé le Crédit industriel de l'Ouest des compléments d'impôt sur les sociétés auxquels il a été assujetti à raison des amortissements pratiqués respectivement par les GIE Citi TGV Bail I et Citi TGV Bail II sur une durée de quinze ans en se fondant sur le motif que les innovations techniques que comportaient les rames du TGV Atlantique justifiaient qu'elles fissent l'objet d'une durée d'amortissement de quinze ans, différente de celle des rames de TGV Sud-Est ;

Considérant qu'il appartient toutefois à la Cour administrative d'appel, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner l'autre moyen relatif à ce chef de redressement soulevé tant en première instance qu'en appel par le Crédit industriel de l'Ouest ;

Considérant que le Crédit industriel de l'Ouest ne saurait se prévaloir utilement, sur le fondement de l'article L.80 A du livre des procédures fiscales, de la documentation administrative de base 4 D-262 du 1er mai 1990, dès lors que celle-ci se borne à indiquer qu'une entreprise qui donne en location des biens doit les amortir dans les mêmes conditions que les entreprises qui exploitent directement les biens de même nature dont elles sont propriétaires ;

Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que, s'agissant des impositions restant en litige, le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Nantes a fait droit à la demande du Crédit industriel de l'Ouest ;

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de condamner l'Etat à verser au Crédit industriel de l'Ouest une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens ;

DÉCIDE :

Article 1er : Il est donné acte du désistement partiel du recours du ministre de l'économie des finances et de l'industrie.

Article 2 : Les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles le Crédit industriel de l'Ouest a été assujetti au titre des exercices clos en 1992, 1993 et 1994 à raison de la remise en cause de la durée d'amortissement des rames de TGV Atlantique et dont il a été déchargé par le jugement attaqué sont remises à sa charge.

Article 3 : Le jugement du Tribunal administratif de Nantes du 13 juillet 2004 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.

Article 4 : L'Etat versera au Crédit industriel de l'Ouest une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et au Crédit industriel de l'Ouest.

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